Les reconnaissances terrestres constituent la dernière
phase de la fabrication du parcours. Les derniers ajustements
et l'écriture du road-book sont au programme pendant quatre
semaines pour Stéphane Lebail et son équipe. Retrouvez
chaque jour la vie des hommes qui préparent le rallye,
sur le terrain.
Destination : Portugal, Maroc, Mauritanie, Mali, Guinée
et Sénégal.
Le tracé définitif sera présenté le
22 novembre.
Jour 01 : C'est reparti Ils sont pilotes, navigateurs,
mécanos ou encore médecin. Mais avant tout, ce sont
des " fous du rallye ", des fans d'Afrique et de grands
espaces qui se retrouvent, chaque année, pour construire
kilomètre après kilomètre le parcours du
Dakar. Cette année, l'équipe réunira douze
personnes à bord de cinq véhicules pour un mois
de reconnaissance minutieuse. Depuis son Toyota 105, Stéphane
dirigera l'équipe. Il prendra des notes, répertoriera
chaque difficulté pour constituer votre bible, un roadbook
précis et clair. A côté de lui, François
pilotera et Etienne supervisera, avec l'il expérimenté
du " patron ". Dans l'autre 4x4, Alain et Jean-Michel
seront les têtes-chercheuses de l'équipe. Stéphane
les enverra en éclaireur pour s'assurer que chaque passe
est franchissable avant de choisir l'itinéraire définitif.
De leur côté Pierrot, Patrick et Serge embarqueront
au volant du Renault Truck 6x6. Ils forment un équipage
très expérimenté et complet dans lequel chacun
est à la fois pilote, mécano et navigateur. David,
quant à lui, rejoindra l'équipe à Lisbonne
avec sa moto. Il sera d'ailleurs le premier motard à participer
aux recos du Dakar.En parallèle de cette reconnaissance
approfondie du parcours de la course, Bruno et Jean-Charles se
chargent d'établir le roadbook des assistances. Ils détaillent
les itinéraires de ralliement, se rendent de ville en ville
pour repérer les différentes infrastructures médicales.Une
fois encore, rien n'est laissé au hasard. Car si le Dakar
est avant tout une grande aventure humaine, il requiert aussi
sagesse et précision.
Jour 02 : Des cartes, le discours de la méthode
La grande aventure , ça se prépare, ça se
gamberge, ça se peaufine. Aujourd'hui, la technologie permet
d'imaginer le parcours du rallye presque un an à l'avance,
tout en restant assis devant un ordinateur. Stéphane Le
Bail dispose d'outils ultra sophistiqués, de logiciels
de navigation, de carte de détails au 1/100 000 scannées
et de photos satellite grâce auxquels ils peuvent localiser
les points de passage à travers les cordons de dunes, en
enregistrer les coordonnées dans leurs GPS et préparer
la navigation. Mais si, à quelques broutilles près,
l'équipe sait à l'avance où elle va poser
les pneus, les détails se règlent sur le terrain.
Parce que le sable change en fonction de la température,
parce que certains chotts inondés par des pluies diluviennes
se révèlent si profonds qu'il est illusoire d'espérer
les franchir ou parce qu'on découvre parfois, au détour
d'une piste, des ornières si creusées qu'on y risquerait
pas le bout d'un crampon. Alors on compose, on s'organise, on
s'adapte, pour que cette réalité du terrain se marie
aussi bien que possible avec la théorie des cartes et que
le tracé de la course se dessine au gré des difficultés
rencontrées. Toutes ces informations sont compilées
et enregistrées dans le M2, nouvel appareil de prise de
notes récemment mis au point et spécialement pensé
pour les reconnaissances de rallye-raid. Ajoutées à
toutes celles fournies par les populations et les autorités
locales, impatientes de voir le Dakar traverser leurs pays, elles
constitueront l'essentiel d'un roadbook à la fois précis,
concis et exhaustif qui éclairera la route de chaque concurrent
jusqu'à Dakar.
Jour 03 : Derniers réglages Installation d'arceaux
de sécurité , renforts de ponts, de caisses, d'amortisseurs
repensés, pose de réservoirs d'essence plus importants
(plus de 1000 kilomètres d'autonomie), changement des pneumatiques,
fixation des sangles, des pelles
La liste des modifications
apportées à chacun des véhicules de l'équipe
de reconnaissances du Dakar est très longue. Et il aura
fallu deux mois à cinq mécanos aguerris pour s'assurer
que tout sera bien en ordre, arrimé à la bonne place,
huilé comme il faut avant de filer vers l'Afrique au volant
d'un 4x4 qui ne dépareillerait pas sur la ligne de départ
en catégorie Marathon. Car si les équipes d'assistance
des concurrents du rallye seront aux petits soins pour les mécaniques,
prêts à opérer chaque soir les réglages
les plus précis, l'équipe des recos sera livrée
à elle-même, à la merci de la casse qui peut
survenir n'importe où et compromettre la bonne marche de
l'expédition. Aussi l'équipage du camion emporte-t-il
dans ses soutes des pièces de rechange aussi nombreuses
que variées : lames de ressort, boîtes de vitesse,
courroies de transmission, essieux
ainsi que les outils
nécessaires à tout type de réparation.Au
delà de la dimension technique, le camion sera le véritable
poumon de l'équipe pendant ce mois de reconnaissances.
Il sera le point de ralliement, le foyer autour duquel cette équipe
de douze hommes se retrouvera chaque soir pour faire le bilan
de la journée, des pistes empruntées, des galères
passées et à venir. Mais aussi, et presque surtout,
pour profiter, un café ou une gamelle chaude au creux des
mains, de ces instants uniques, arrachés à l'intimité
du désert, à l'heure où la nuit dépose
sur les dunes une caresse apaisante. Au pays du calme et du vrai
silence.
Jour 04 : Premiers tours de roues Ce n'est pas encore
le début de l'aventure, mais les moteurs ronronnent enfin.
Direction Lisbonne. Au programme, trois jours de route à
travers la France, l'Espagne et le Portugal. Nous sommes encore
loin des grandes étendues de l'Afrique, mais ces premiers
tours de roues nous font du bien. Les kilomètres défilent,
au rythme des péages, des échangeurs d'autoroute
et des villages traversés. Les regards des gens que nous
croisons s'étonnent de voir, au milieu de leur campagne,
nos 4x4 peinturlurés et équipés pour le désert.
Alors on s'arrête, on discute, on raconte par avance le
drôle de voyage pour lequel nous partons, pour qu'ils comprennent
que le Dakar n'est un simple rallye pour fous du volant en mal
d'adrénaline. Car s'il reste un rallye de haute compétition,
le Dakar, c'est avant tout un esprit, un voyage mêlé
de découverte et de dépassement de soi. Certains
disent une quête.Ces trois jours de descente à travers
l'Europe de l'Ouest nous permettent de nous retrouver, de reprendre
doucement possession de cet univers si particulier des recos.
Les équipages se reforment, et chacun s'immerge progressivement
au cur du rallye. Et si nous sommes encore en Europe, tous
les esprits se tournent déjà vers l'Afrique.
Jour 05 : Mise en jambes rapide Nous quittons Lisbonne.
La piste est rapide, roulante. De chaque côté de
la route, le Portugal déroule ses paysages arides. Nous
traversons des kilomètres de champs. Les vignes s'étalent
à perte de vue, accrochées à la roche blanche,
les oliveraies parfument l'air. Mais il n'est pas question de
traîner en chemin. Car la route est longue et les pièges
nombreux sur cette première spéciale portugaise.
A chaque croisement, on s'arrête, on réfléchit.
On imagine les équipages en configuration course, le nez
rivé sur le roadbook et le tripmaster, attentifs à
la moindre virgule pour ne pas se perdre. Car, si les difficultés
de pilotage ne seront pas insurmontables, les nombreux changements
de direction poseront sûrement de sérieux problèmes
de navigation à ceux qui n'auront pas bien préparé
leur étape.Enfin, même si la route est encore longue
jusqu'à Dakar, la course démarrera fort dès
le Portugal. Et cette première étape que nous avons
bouclée aujourd'hui pourrait déjà établir
une première hiérarchie cohérente.
Jour 06 : La piste de la glisse Que du bonheur, que du
bonheur ! ! ! Nous nous sommes régalés tout au long
de cette journée de grand pilotage. Pendant des heures,
nous sommes passés de crête en crête, au rythme
des glissades et des courbes négociées au cordeau.
De vrais instants magiques que les amoureux du WRC sauront sûrement
apprécier à leur juste valeur. A condition d'être
prêt. Car, au même titre que celle d'hier, cette deuxième
étape européenne sera longue et exigeante. A la
fois en terme de pilotage, car les pilotes devront rester très
concentrés pour déjouer les difficultés de
la piste, mais également en matière de navigation
car, même si un fléchage partiel du parcours facilitera
quelque peu la tâche des copilotes, de nombreux changements
de direction réservent leur lot de surprises.Mais, quoi
qu'il en soit, astiquez vos machines, messieurs les pilotes, faîtes
briller vos chromes
Cette deuxième journée
de course dans des paysages somptueux offrira à coup sûrs
un grand spectacle et de très belles images. Bref, en un
mot comme en cent, que du bonheur !
Jour 07 : La nouvelle trace Ca y est, nous sommes en
Afrique. C'est le Maroc, avec ses mélanges de couleurs,
de senteurs, ses airs de Méditerranée et ses horizons
ocres. Mais, malgré cet enchantement, c'est aussi et surtout
le début des choses sérieuses. Toute l'équipe
est très excitée à l'idée de tracer
cette première étape africaine. Nous partons à
tâtons sur des pistes intégralement inédites.
A droite, à gauche
on se regarde, on hésite
Après plusieurs heures d'errements, nous nous arrêtons
pour consulter nos cartes. Mais les pistes sur lesquelles nous
sommes engagés n'y figurent pas. Finalement, après
plusieurs hésitations et un demi-tour, nous trouvons la
piste caillouteuse que nous cherchions. Et au bout, le passage.Le
soir, à l'heure d'installer notre bivouac au cur
du Maroc, nous sommes exténués. Mais heureux. La
journée a été longue, dure, mais l'étape
sera belle, le long de pistes roulantes jamais encore empruntées
par un rallye. En revanche, les nouvelles règles de navigation
compliqueront la tâche des copilotes. Ils devront compter
sur leurs seuls talents de navigateurs pour suivre la bonne piste
jusqu'à l'arrivée. Mais c'est un peu ça le
Dakar
Une aventure grandeur nature au cur de paysages
à couper le souffle.
Jour 08 : La voie des Chibani Deuxième jour des
reconnaissances au Maroc. Et toujours la même priorité
: construire un parcours qui allie les exigences sportives à
lesprit daventure et de découverte qui habite
chacun des participants. Autour de nous, des dizaines de pistes
serpentent à travers les montagnes caillouteuses. Sur les
conseils dun Chibani, un vieux gardien de chèvres
qui connaît ces montagnes aussi bien que les mille replis
de sa djellaba bleu azur, nous nous engageons sur lune dentre
elles. Au bout de quelques kilomètres, la route se perd
au milieu dun désert de pierres arides. Mais nous
continuons. Le vieux nous avait parlé de ce plateau oublié.
Nous avançons prudemment, attentifs à ne pas briser
un essieu sur un caillou tranchant. Sur lhorizon mouvant,
écrasé de soleil, nous cherchons le point de repère
que le berger nous a donné. Après avoir tourné
pendant trente minutes, nous le trouvons enfin, et à ses
pieds la piste qui nous mènera jusquà larrivée
de létape. Nous la suivons à travers les rochers
en prenant garde à ne pas nous tromper de direction à
chacun des nombreux embranchements que nous rencontrons. Finalement,
après quelques hésitations, nous parvenons à
rejoindre larrivée. Une fois lensemble des
notes rentrées dans le M2, nous revenons sur la journée
que nous venons de vivre. Une fois de plus létape
sera belle, pleine de toutes ces « épices »
qui donnent aux premiers jours de course cette saveur spéciale,
mêlée dappréhension et dimpatience.
Alors, ouvrez grand vos yeux. Et profitez-en.
Jour 09 : La pays des cailloux hostiles Le jour nest
pas encore levé et déjà les moteurs ronronnent.
Limpatience vibre dans tous les regards, dans les sourires,
dans la façon que chacun a de vérifier que tout
est en ordre. Dernières tapes dans le dos, dernier café
avalé sur un coin de capot avant de partir. Aujourdhui,
la journée promet dêtre longue. Devant nous,
dans lobscurité, la piste se perd dans une immense
étendue désertique. Et au delà, linconnu.
Ou presque, car les cartes que nous avons étudiées
avant de partir pour lAfrique et les conseils du berger
rencontré hier nous donnent une idée assez précise
de ce qui nous attend. Pourtant, nous ne sommes pas au bout de
nos surprises. Les premiers kilomètres sont avalés
rapidement dans laube naissante, mais peu à peu,
la piste devient cassante, dure. Les ornières se succèdent
, mettant mécaniques et pilotes à rude épreuve.
Il faut ralentir pour préserver le matériel. Puis
finalement sarrêter. Parce que la trace disparaît
pour se fondre au milieu des cailloux. Parce quil faut décider,
après cinq heures de route, de faire demi-tour pour aller
chercher en arrière un passage vers le sud. Nous rebroussons
donc chemin. Stéphane, plongé dans ses cartes, cherche
à localiser le corridor dont le berger nous avait parlé.
En vain. Plusieurs fois, nous croyons être sur la bonne
voie avant de renoncer à nouveau. Les heures passent sans
que la solution apparaisse. Nous décidons alors de nous
arrêter pour la nuit, ici, au milieu de nulle part. Le bel
enthousiasme de ce matin a disparu. Sur le GPS, un chiffre : nous
sommes à cinquante kilomètres de notre point de
départ
Mais demain, la journée sera meilleure.
Jour 10 : La piste des cairns blancs Laube se lève
et réchauffe doucement le bivouac. La nuit a été
courte et nous sommes encore un peu engourdis à lheure
de reprendre la route. Mais les moments passés à
étudier les cartes à la lueur de nos lampes frontales
devraient porter leurs fruits. Dès les premiers kilomètres,
nos efforts de la nuit sont récompensés. Nous retrouvons
rapidement la bifurcation que nous avions ratée hier. Rassurés,
nous poursuivons notre progression en suivant scrupuleusement
les caps que nous avons calculés la nuit dernière.
Peu à peu le paysage change. Autour de nous, lhorizon
sallonge, toujours un peu plus lointain. Nous accélérons,
grisés par cette piste enfin roulante, pour rejoindre les
dunes qui se dressent à lautre bout du plateau. Le
trip master enregistre les kilomètres parcourus. Nous rattrapons
en quelques heures le retard accumulé hier. Au détour
de la piste jalonnée de cairns de pierres blanches, nous
découvrons les ruines dune ville oubliée,
presque noyée dans le sable du désert marocain.
A la fin de la journée, nous avons bouclé cette
nouvelle étape. Une fois de plus, elle réserve de
nombreuses surprises à ceux que les grands espaces enivrent
au point den oublier quil faut parfois refréner
son enthousiasme pour atteindre son objectif.
Jour 11 : Plein sud Au lever du jour lhorizon se
trouble. Les dunes du sud marocain fument, balayées par
le vent du désert malgré le ciel bleu. Après
le passage du Mur, nous arrivons en Mauritanie, salués
par les autorités civiles et militaires. Et devant nous,
le désert. Immense, profond. Nous nous arrêtons quelques
minutes pour faire le point. Lexcitation de chacun est palpable.
On se regarde, on se sourit avant, enfin, de remonter en voiture
et « douvrir en grand », plein sud, à
travers les grands espaces mauritaniens. Le compteur saffole,
les kilomètres défilent. Mais Stéphane garde
un il attentif sur le GPS. Surtout ne pas se laisser griser
par la vitesse, attiré irrémédiablement par
lhorizon qui sélargit sans cesse. Car, si cette
première spéciale mauritanienne sera très
rapide, il ne suffira pas daligner des moyennes vertigineuses
pour tirer son épingle du jeu. Désormais, le talent
du navigateur tiendra un rôle au moins aussi important que
ladresse du pilote. Il est 18 h 00. Le vent de sable qui
se lève nous oblige à nous arrêter. Le bivouac
sorganise au milieu des dunes. On se calfeutre pour se protéger
du sable qui sinfiltre partout. Mais, quand le vent tombe
vers 21 h 00, il fait encore 35°c. Une nuit très chaude
se prépare. Pourtant il faudra trouver le sommeil, malgré
la chaleur, et malgré les nouvelles qui nous arrivent de
Paris.Car la soirée sassombrit brutalement quand
nous apprenons la disparition dun ami. Jacques Soulaire
était un des nôtres, une figure du bivouac, connu
pour sa gentillesse et sa disponibilité de chaque instant.
Cette année encore, avant notre départ pour les
recos, il nous avait aidé à prendre en main notre
nouveau camion et nous comptions sur lui pour assurer la mission
sécurité du prochain Dakar. Nous pensons très
fort à ses proches, à sa fille Virginie qui travaille
à nos côtés depuis de longues années.
Et nous savons déjà que désormais les dunes
nous sembleront encore plus hautes. Mais pas infranchissables
et cest pour cela que demain, nous reprendrons la route.
Jour 12 : Orage sur les cordons Les cordons de dunes habillent
lhorizon de leurs hautes silhouettes changeantes. Etranges
gardiens du sol mauritanien qui se dressent devant nous. Et cest
là que nous allons. A lavant de notre caravane, David
Castera a enfourché sa moto. Il nous guide habilement à
travers cet erg gigantesque grâce à toutes les informations
réunies sur les cartes satellites que nous consultons chaque
jour. A mesure que les heures passent, la température augmente.
Il fait chaud, très chaud, près de 45°c. Pourtant
le sable est très porteur, sans commune mesure avec cette
espèce de talc piègeux dans lequel il est si facile
de senliser. Nous progressons donc rapidement et notre tout
nouveau camion Renault Truck franchit sans encombre ces premières
difficultés. Au passage dune dune, un de nos accompagnateurs
mauritaniens heurte lhabitacle de son 4x4. Bilan, une arcade
sourcilière ouverte et quelques premiers points de sutures.
Mais les dégâts sont minimes et nous reprenons rapidement
notre progression. En fin de journée lhorizon sassombrit
et un vent de 25 nuds balaye les dunes. De gros nuages noirs
tournent autour du bivouac que nous venons dinstaller. Le
tonnerre gronde et des éclairs zèbrent le ciel.
Mais finalement, la tempête se calme. Une à une les
étoiles sallument. Nous allumons alors nos ordinateurs
pour enregistrer toutes les informations prises aujourdhui
et préparer la journée de demain.
Jour 13 : Une histoire de nav Ce sera la première
grosse étape de nav, celle qui donnera des cauchemars
aux néophytes du GPS, des sueurs froides aux débutants
de la règle Cras, voire de lurticaire aux dilettantes
de la boussole. Car il faudra partir à la chasse aux way-points
cachés pour ne pas se perdre, seul au milieu des dunes.
Les nouvelles règles de navigation rendront la tâche
encore plus ardue à ceux qui nauront pas pris le
temps de décortiquer le roadbook : plus de couloir, plus
de flèche directionnelle pour indiquer le prochain point
de passage, le GPS version 2006 indiquera uniquement le cap suivi,
la vitesse réelle et la trace déjà réalisée.
Néanmoins, la flèche sactivera à 3
kilomètres du way-point pour en faciliter lapproche
finale. Grâce à notre travail sur carte, nous écrivons
chaque jour le scénario du prochain rallye, en alternant
à loisir franchissements de dunes et exercices de navigation
pure, plateaux rocailleux et herbe à chameaux. Sur le terrain,
David ouvre la trace à moto. Il nous fait gagner un temps
considérable et apporte ainsi sa patte au tracé
de lépreuve. Sur cette étape, il a trouvé
une superbe passe de sable en descente que les concurrents devront
absolument emprunter pour éviter de sérieuses difficultés.
Le soir, nous installons notre bivouac au creux dune faille
rocheuse presque lunaire qui aurait sûrement inspiré
Saint-Exupéry à lheure de décrire limmensité
de la Mauritanie et de ce désert que lon ne cesse
de découvrir. La nuit est plus fraîche, mais le méchoui
offert par nos amis Mauritaniens parfume et réchauffe latmosphère.
Nous reprenons des forces avant daller nous coucher. Car
la journée a été longue et celle de demain
le sera peut-être plus encore.
Jour 14 : La route des plateaux La journée est
longue, très longue. Depuis le petit matin, nous avalons
les kilomètres, écrasés par la chaleur du
soleil mauritanien. La piste de sable que nous suivons depuis
que nous sommes partis est roulante et nous progressons rapidement.
Mais, toute bonne chose ayant une fin, au bout de trois heures,
sa trace se perd au milieu des dunes. David prend alors les devants
au guidon de sa moto. Il slalome de crête en crête
pour nous guider enfin jusquà une nouvelle passe
de sable très encaissée. Une fois encore, le travail
de préparation que nous avons effectué sur cartes
nous a permis de gagner une temps précieux. Nous débouchons
alors sur un vaste plateau parcouru de pistes sinueuses qui feront
la part belle au pilotage. Les courbes senchaînent
à haute vitesse et promettent déjà de belles
images au passage du rallye. Nous bouclons cette nouvelle journée
avec la satisfaction davoir tracé une belle étape
totalement inédite. Nous installons alors notre bivouac
à proximité dun petit village mauritanien.
Dans le soleil déclinant, les habitants nous invitent à
partager leur repas dans la fraîcheur relative mais apaisante
de leur maison. Méchoui de chèvre, ambiance conviviale
et sympathique, sourires échangés, éclairés
par les reflets du feu. Puis enfin, un peu de repos.
Jour 15 : Mauvaise idée Au moins, ce dont on est
sûr, cest que le rallye ne passera pas par là
Ce matin, nous sommes partis la fleur au fusil et le sourire aux
lèvres, avec la ferme intention douvrir une nouvelle
voie sur une terre vierge de toute trace de pneu. Et au bout de
quelques kilomètres, le camion sest arrêté,
collé, tanké au milieu des dunes, du sable jusquau
ventre
Nous avons donc passé une grande partie de
la journée à tenter de le désensabler , arc-boutés
sur nos pelles. Pour finalement décider, une fois le Renault
Truck libéré, de chercher notre salut ailleurs.
Pourtant la journée avait bien commencé. David nous
guidait avec précision entre les dunes et nous avalions
sans perdre de temps les premières difficultés.
Jusquà ce cordon plus haut que les autres derrière
lequel se trouvait, nous en étions sûrs, la porte
de sortie de cet erg impressionnant. Nous ne saurons jamais si
notre sens de lorientation nous avait pour une fois trahis.
Dès que le camion a pu bouger un essieu, nous avons rebrousser
chemin, à la recherche dun emplacement où
installer notre bivouac. Nous nemprunterons donc pas litinéraire
initialement prévu. Mais il reste suffisamment de désert
inviolé en Mauritanie pour imaginer dautres parcours
inédits. Nous avons dailleurs notre petite idée
sur la question que nous vérifierons dès demain.
En attendant, Pierrot et Patrick sattellent à lautre
urgence du jour : Réparer le frigo, un équipement
de première nécessité quand le mercure, qui
flirte avec les 45°c, menace le conditionnement de nos provisions.
La vie suit donc son cours et notre petit convoi, toujours enthousiaste
malgré la fatigue qui saccumule.
Jour 16 : Et au milieu dort un étang 60°c
Et pas dambiguïté pour savoir si cest
à lombre ou au soleil : Cest au soleil, pour
la bonne et simple raison quil ny a pas le moindre
centimètre carré dombre au cur du désert
mauritanien
Et ce soir, à 20h00 GMT, il fait encore
plus de 35°c
Autant donc vous dire que nous sommes soulagés
que notre réfrigérateur soit enfin réparé,
même sil montre toujours quelques signes de faiblesse.
Pour en revenir à des considérations plus sportives,
nous avons tracé aujourdhui une portion pour le moins
originale du rallye. Dès les premières lueurs de
laube, nous avons attaqué sur un rythme effréné,
taillant notre route à travers les couloirs des montagnes.
Ce segment de spéciale sera très rapide et les concurrents
devront être très attentifs et adapter leur vitesse
aux différents types de terrain rencontrés sil
veulent sortir indemnes de ces corridors truffés dembûches.
Une fois les pistes accidentées des montagnes reconnues,
nous retrouvons le désert. Et au milieu, une surprise.
Un magnifique plan deau, entouré dherbe grasse
et verte et peuplé de hérons. Une sorte de mirage
frappé de réalité. Mais en tous cas, une
chose est malheureusement sûre : Cet oasis de verdure nest
pas éternel.
Jour 17 : Derniers châteaux de sable Cest
reparti pour une nouvelle partie de sable. Au programme, des portions
rapides, techniques pour se mettre en jambes avant dattaquer
les nombreux franchissements délicats qui nous attendent
dans le soleil couchant. A lavant de notre colonne, David
Castera se régale. Il passe de dune en dune, sarrête,
observe avant de repartir, sûr de la direction à
suivre pour rejoindre la passe qui nous permettra de sortir de
cet enchaînement de cordons. Les premières kilomètres
sont donc avalés assez rapidement. Mais les choses se corsent
en fin de journée quand les dunes qui se découpaient
sur lhorizon ce matin sélèvent plus
hautes et plus verticales que nous limaginions. Finalement,
linstinct de notre poisson-pilote nous permet de surmonter
lobstacle et de franchir les derniers cordons sans perde
trop de temps. A Nouakchott, qui accueillera la journée
de repos, nous retrouvons léquipe de reconnaissance
du parcours assistance. Nous faisons ensemble le point sur cet
itinéraire de route et de pistes qui sera emprunté
cette année par plus de 200 véhicules. Il sera dailleurs
plus raisonnable que par le passé. Une fois les derniers
détails enregistrés dans le M2, nous pouvons profiter
de quelques instants de repos. Le soleil se couche doucement sur
lhorizon dansant des dunes. Un fond de musique habille latmosphère.
Peu à peu, chacun sombre dans une torpeur réparatrice.
La nuit enveloppe enfin le bivouac. Le sommeil gagne un à
un les membres de léquipe, et vers 22h00, tout le
monde dort, rompus de fatigue.
Jour 18 : Changement dunivers Cest la fin
du désert, le bout du sable, la dernière dune
Nous quittons le bivouac aux premières lueurs de laube,
impatients den finir, impatients de découvrir dautres
paysages, dautres routes. Les premiers kilomètres
de la journée sont laborieux. Mais nous nous y attendions.
Car, daprès les cartes que nous avons longuement
étudiées avant le départ, cette dernière
journée mauritanienne devrait prendre des allures détape
de montagne : Grosses dunes, nombreux franchissements, navigation,
portions rapides, herbe à chameaux
Bref, un cocktail
épicé mariant habilement toutes les spécialités
de la Mauritanie. Nous rentrons au Mali. Autour de nous le paysage
se transforme au fil des kilomètres. Les grandes étendues
désertiques de sable et de cailloux laissent progressivement
la place à de vastes plateaux parsemés dherbe.
Nous rencontrons plusieurs troupeaux nomades qui trouvent dans
ces grandes plaines maliennes au climat humide un cadre plus hospitalier
que le désert mauritanien. Après une longue journée,
nous installons notre bivouac. Les moustiques, attirés
par les lumières de nos lampes, fondent sur nous. Heureusement,
nous navons pas oublié de prendre notre Malarone.
Grâce à ce traitement anti-paludéen, nous
dormons tranquilles, à peine gênés par le
bourdonnement des insectes, avec la pluie comme seule inquiétude.
A-t-elle raviné les pistes, a-t-elle noyé les chotts,
rendant les plus profonds infranchissables. Les joirs qui viennent
devraient nous apporter la réponse.
Jour 19 : Le virage malien Ca y est, on est sorti du sable
ou presque. En tous cas, on a bien galéré pour trouver
un finish digne du Dakar avant de quitter les dunes et de rentrer
au Mali. Un vrai casse-tête chinois à vous faire
fondre la calebasse en plein cagnard
Et dans lhistoire,
on a perdu David
On ne sait pas très bien ce qui
sest passé. Un coup de chaud peut-être ou une
mauvaise chute sur la tête
Toujours est-il quau
sommet dune dune, il a disparu, pour réapparaître
quelques centaines de mètres plus loin, juché sur
un quadrupède saharien tel un méhariste guidant
sa longue colonne à travers le désert jusquau
prochain caravansérail
David a semble-t-il abandonné
la moto pour de nouvelles aventures. Le voici désormais
propulsé star montante des camelodromes. Nous lui souhaitons
tout le succès que son immense talent mérite. Plus
sérieusement, la journée nous a permis de construire
une belle étape de transition entre les dunes mauritaniennes
et les pistes maliennes. Mais attention, qui dit « journée
de transition » ne dit pas « journée de repos
». Il ne sagit certes plus de déjouer les pièges
de lensablement, mais la progression de notre petite équipe
relève néanmoins du grand pilotage, pour éviter
les ornières profondes qui sillonnent chaque piste. Gare
donc au relâchement qui accompagne souvent la sortie du
désert. Cest une nouvelle page du rallye qui souvre,
différente, mais sûrement aussi belle et riche de
rebondissements que les précédentes.
Jour 20 : Une question dadaptabilité Premier
crépuscule malien. Le décor a beaucoup changé.
Les dunes ont disparu, avalées par la végétation,
les pistes caillouteuses se sont noyées sous les pluies
diluviennes des dernières semaines. On est entré
dans la savane, les chotts ont remplacé les dunes, et désormais,
ce sont les ornières et la boue qui nous tendent les pièges
de lenlisement. Ces nouvelles conditions ne nous facilitent
pas la tâche. Alors on râle contre tout, contre la
pluie, contre les moustiques, contre tout ce qui fait que, du
nord au sud, lAfrique offre autant de paysages différents.
Les populations que nous rencontrons sont ravis de cette abondance
soudaine de pluie. Il faut dire aussi quils attendaient
les premières gouttes depuis près dun an.
Pour nous le problème est tout autre. Les pistes sont étroites,
ravinées et donc très techniques même si par
endroits la latérite déroule tranquillement son
bandeau ocre à travers la végétation. Nous
sommes donc très attentifs, à la fois aux nombreux
changements de direction mais aussi, et surtout, aux cailloux
et autres racines qui, mis à nu par la pluie ruisselante,
risquent de crever une roue ou de fausser un train de direction.
Une fois au bivouac, nous faisons le point sur notre progression
du jour. Même si nous avons dû adapter notre rythme
à ces nouvelles conditions de course, les kilomètres
que nous avons parcourus promettent déjà une vraie
bagarre pour le temps « scratch ». Aussi, la fatigue
nous tombe brutalement dessus. Alors ce soir, pour tout le monde,
cest un cachet (de Malarone) et au lit.
Jour 21 : Une journée de galère Dès
le réveil la journée promet dêtre dure.
Les moustiques et autres gros insectes volants tournent autour
du bivouac. Nous plions donc bagages rapidement pour échapper
à cette attaque en règle Mais au bout de quelques
kilomètres, cest le premier plantage, et le début
dune grosse journée de galère résumée
par ces statistiques édifiantes : 21 kilomètres
parcourus en 11 heures, 3 plantages pour le camion et un pour
chacune des voitures
Lexplication: avec la chaleur,
une croûte plus ou moins épaisse se forme en surface
des bourbiers inondés par les fortes pluies des semaines
passées. La piste a donc lair saine, rapide et praticable
pour nimporte quel véhicule. Pourtant, il suffit
de poser un demi crampon sur cette croûte pour quelle
rompe et que camion ou voiture se retrouvent englués jusquà
la garde
Nous avons donc passé la majeure partie
de la journée pelles en mains à creuser la boue
pour désembourber tour à tour le camion et les deux
voitures. Heureusement, quelques villageois nous ont prêté
main forte et nous avons pu nous extraire de chacun de ces faux
pas. Mais le résultat est là. Nous avons perdu beaucoup
de temps. Grand coup de chapeau tout de même à toute
léquipe qui na pas chômé. A force
de casser la croûte, nous navons même pas eu
le temps de casser une graine
Cependant, létape
sera belle, sinueuse au milieu de la brousse. Et dici au
passage du rallye, la terre aura séché, la piste
sera belle et les concurrents devraient se régaler.
Jour 22 : Labellisé extrême Et cest
reparti
On a ressorti les pelles, les sangles, les plaques
et tout le toutim. Une fois de plus, on sest embourbé
copieux avec le camion à cause des pluies diluviennes qui
ont détrempé les pistes. 0h, cest pas quon
a pas lhabitude, ou quon aime pas ça, mais
à la longue, cest un peu lassant. Vous vous imaginez,
vous, creuser pendant des heures pour dégager un camion
dune ornière, remonter dedans pour parcourir à
peine 50 bornes secoués comme des pruniers par une piste
ultra ravinée avant dinstaller en catastrophe le
bivouac pour se mettre à labris des orages, des chacals
hurlants et des moustiques gros comme le poing ? Cest un
programme, bien dense, bien costaud
Et ben ça, cest
les recos, avec leur entassement de galères. Mais aussi
surprenant que cela puisse paraître, on adore ça.
Et on prend un malin plaisir à revenir tous les ans pour
concocter un parcours riche démotion et daventures,
pour que le Dakar reste le Dakar. Un rallye à part, un
label, un tampon marqué au fer sur lépaule
de chaque participant. Presque un slogan : « Moi, je lai
fait ». Et cette année encore, il faudra être
costaud pour aller au bout.
Jour 23 : Au pays des sourires On a bien rigolé,
on a fait plein de pâtés dans la gadoue, mais maintenant,
ça suffit. Il faut avancer. Alors on continue, droit devant,
sourcils froncés et point serrés, déterminés
à ne pas se laisser piéger par la première
mare de boue venue. Donc, le camion nous abandonne pour poursuivre
par des chemins plus carrossables. Nous traversons quelques bourbiers,
pataugeons un peu dans les flaques avant enfin de retrouver la
bonne carburation et de progresser plus vite. Nous découvrons
de nombreux villages que nous essayons de contourner afin de diminuer
les risques que leur traversée peut parfois représenter.
Mais nous ne trouvons pas ditinéraire de contournement
à chaque fois et à plusieurs reprises, nous sommes
obligés de traverser certains villages. Les enfants courent,
sourient, chantent au passage des voitures. Leurs mains se tendent
et nous agrippent. Nous arrêtons parmi eux quelques instants.
Ces rencontres avec les populations sont toujours aussi riches.
Elles nous rappellent que ces grands pays que nous parcourons
ne sont pas quun immense terrain de jeux Elles nous incitent
au respect, à lécoute, à la découverte
profonde et chaque année renouvelée de ces cultures.
Une fois de plus, les contrôles de vitesse à lentrée
et dans la traversée des villages seront draconiens. Parce
quon ne joue pas avec la sécurité de ces gens
qui chaque année nous accueillent avec mille sourires,
parce quune seconde gagnée ne vaut pas les risques
que certains prennent.
Jour 24 : Rencontre dans la brousse Patience et longueur
de temps
et patati et patata
La piste est toujours
très boueuse, très étroite et parfois même,
quand le soleil a pu faire sécher les vastes ornières,
relativement trialisante. Ca veut dire que cest mou, voire
très mou, quil faut aller tout droit, sans mollir
et sans possibilité de contourner les bourbiers et quil
y a parfois des grosses bosses toutes dures qui transforment lhabitacle
en shaker géant
Alors, amis concurrents, armez-vous
de patience
létape va être longue. Comme
pour ce bon vieux broussard que nous avons rencontré au
passage dun oued, son Toyota HJ 61 collé dans la
boue depuis deux jours et en rade de batterie. On a déroulé
du câble, des sangles et on la sorti de ce mauvais
pas avant de recharger ses batteries et de le laisser repartir
vers une grande ville malienne. En un mot comme en cent donc,
ce nest pas parce quon a quitté le sable et
les dunes que le rallye est fini. Il reste encore pas mal de route
à parcourir et de pièges à éviter.
Et oui, le Lac Rose, ça se mérite.
Jour 25 : Bain de pieds Maman, les ptites voitures
qui vont dans leau ont-elles des jambes ?
La réponse
est non, et cest bien le problème quand on passe
le plus clair de son temps les pied dans leau. Parce que,
pour être honnête, depuis quon est arrivée
en Guinée, on passe pas mal de temps à barboter,
ce qui explique sûrement la présence envahissante
des moustiques et de leurs agressifs cousins les taons. Nous traversons
donc à tâtons de nombreux cours deau en ayant
pris soin au préalable de mesurer la profondeur des gués.
Au détours dun bras de rivière, nous rencontrons
des singes et des oiseaux multicolores et sonores. Aussi notre
caravane, même réduite, avance par sauts de puces,
de village en vallée, accueillie à chaque arrêt
par des grappes denfants souriants. Cette chaleur et cet
enthousiasme promettent de vrais instants de rencontres et de
partages aux concurrents rescapés. Mais ces souvenirs auront
un prix dont il sera parfois difficile de sacquitter. Car,
au risque de nous répéter, le Dakar respecte sa
tradition, celle de laventure et du dépassement de
soi. Une fois dépassées les difficultés de
la spéciale, il faudra encore être très attentif.
Car, outre les nombreux villages que la liaison emprunte, litinéraire,
rarement goudronné, peut se révéler piègeux.
Alors, pas de répit jusquau bivouac.
Jour 26 : Option amphibie La Guinée est magnifique
et heureusement. Ca nous fait un peu oublier la lenteur de notre
progression vers le Sénégal. Parce que pour linstant,
cest pas folichon. On passe en effet pas mal de temps les
deux pieds les deux mains dans la boue pour désenliser
lun ou lautre des 4X4. Et quand, après mille
efforts, nous parvenons enfin à sortir du bourbier, il
nous faut souvent faire demi-tour, bloqués par une route
de montagne défoncée voire parfois effondrée
en raison des pluies torrentielles des dernières semaines.
Nous empruntons donc des chemins de traverses improbables pour
trouver dautres pistes. Au bord des routes, les villageois
sont surpris de voir nos grosses machines saventurer si
loin des pistes traditionnelles, là où la trace
disparaît souvent sous la végétation. Ce soir,
à lheure dinstaller le bivouac, il fait encore
très chaud et très humide. Heureusement, nous y
sommes maintenant habitués, même si lidée
de partager notre tente avec une cohorte de moustiques et autres
insectes volants ou rampants ne nous réjouit pas outre
mesure. Nous allons néanmoins tâcher de trouver le
sommeil, car demain la journée sera longue si voulons atteindre
la frontière sénégalaise.
Jour 27 : Presque le bout du tunnel Cest la fin
de la galère
et ça fait du bien. Parce que
les trois jours que nous venons de passer englués dans
la boue au milieu de nulle part ont été très
éprouvants. Nous avons progressé à la douloureuse
moyenne de 50 kilomètres par jour, nous sommes épuisés
et couvert de terre séchée de la tête aux
pieds
Mais au final, quel pied, quel bonheur. Nous venons
de parcourir un des plus belles étapes du rallye. Des paysages
à couper le souffle, des pistes rapides et sinueuses, des
cols à franchir à travers la montagne, du trial
au milieu de la jungle sur les portions les plus accidentées
et des gués toujours plus profonds
Chaque fois que
nous devons traverser un cours deau, nous nous y aventurons
prudemment à pied pour ne pas risquer de noyer les moteurs
dans des eaux trop profondes. Sur les bords de la route et dans
les villages, les enfants se font plus nombreux à saluer
notre passage. Leurs sourires ne trompent pas. Ils connaissent
ces grosses voitures qui reviennent chaque année. Nous
sommes bien au Sénégal et ce soir, nous dormirons
dans une grande ville. Enfin, nous pourrons prendre une bonne
douche et un peu de repos. Et demain, la dernière ligne
droite
Jour 28 : Une histoire daiguillage Attention aux
excès denthousiasme. La ligne darrivée
nest pas franchie et tout peut encore arriver. Alors, on
reste très concentré, la carte sur les genoux et
le GPS en sur régime pour trouver les bonnes pistes pour
mettre au point ces dernières étapes. Car la légende
se doit dêtre complète, dure et intense jusquau
Lac Rose. Gare donc aux dernières difficultés, à
ces animaux qui traverse la piste, à ces changements de
direction qui se multiplient et brouillent jusquau bout
les cartes de ce jeux si excitant.
Heureusement, les galères sont derrière nous. Nous
profitons donc de ces ultimes portions pour nous faire plaisir.
Car ce sera la loi du pilotage qui prévaudra. A moins derreurs
daiguillage
Jour 29 : Le bout du chemin Du sable, du sable et encore
du sable, légèrement ondulé, des sauts de
dunes et enfin, au bout du chemin, Dakar et le Lac Rose pas très
rose en ce moment. Laventure se termine sur cette dernière
spéciale, ce dernier run « à fond de boîte
» le long de la plage, avec en toile de fond les vagues
de locéan atlantique. Il y a beaucoup moins de monde
quau mois de janvier et nous prenons un vrai plaisir à
parcourir ces ultimes kilomètres loin de lagitation
et des risques nés de lenthousiasme des Sénégalais.
Alors, pour quelques heures encore, un seul mot dordre :
« Che-la oit à donf* ». On taille des courbes
incroyables, les yeux écarquillés, les pneus dans
leau avant de nous poser, à bout de souffle et de
joie, pour profiter de la mer et de tous ces grands espaces avant
de rentrer à Paris donner la dernière main au roadbook
et à la multitude de détails quil reste à
régler avant le grand départ de Lisbonne.
Rendez-vous donc à Lisbonne. Dici là, faites-nous
confiance, on va bosser. Et cette année encore, ce sera
du grand, du pur et dur, du rallye avec un grand raid. Alors,
soyez prêts